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Portrait d’un collectionneur de variétés anciennes de gazon

Par Maxime
6 minutes

À la rencontre de Jean-Paul Martin, passionné de pelouses hors norme


Au bout d’une allée fleurie d’un village de la Sarthe se niche un jardin dont la renommée dépasse les frontières régionales. Sur une parcelle ordinaire, Jean-Paul Martin cultive une passion peu commune : la collecte, la sauvegarde et la culture de variétés anciennes de gazon. Gazon anglais du XIXe siècle, fétuques rares, agrostides du patrimoine rural, tout ici respire la mémoire végétale et l’ingéniosité d’un homme curieux du monde vert.


Les origines d’une collection singulière


Pour comprendre ce qui anime Jean-Paul, il faut revenir des décennies en arrière, à l’époque où, enfant, il aidait son grand-père à tondre et sarcler de petits espaces de pelouse patrimoniale. "J’ai toujours senti qu’un gazon, ce n’était pas qu’un simple tapis vert. Chaque variété racontait une histoire, un climat, une tradition rurale." Avec les années, la curiosité se fait collection, entre lectures de catalogues anciens, échanges avec des botanistes et visites de propriétés historiques.


Alors que la grande majorité des jardins français arborent aujourd’hui un gazon standardisé vendu en sacs, Jean-Paul s’engage sur un chemin inverse : retrouver, sauver de l’oubli, tester puis cultiver sur ses propres bandes des graminées historiques, parfois menacées de disparition.


Construire une collection : recherches, échanges et expérimentations


La constitution d’une telle collection ne se fait pas sans efforts ni méthode. Jean-Paul commence par inventorier les variétés anciennes commercialisées ou présentes dans les parcs des châteaux, les archives de graineteries ou sur d’anciens terrains de sport. Il contacte des associations de sauvegarde du patrimoine végétal, sollicite l’aide d’universités spécialisées et mobilise les réseaux de jardiniers amateurs.


  • Voyages et prospection : Jean-Paul s’est rendu à plusieurs reprises en Angleterre, berceau du gazon d’ornement, pour échanger avec des conservateurs de jardins, ramener des semences patrimoniales ou obtenir des conseils d’entretien adaptés.
  • Échanges de graines : Grâce au bouche-à-oreille et à des forums spécialisés, il organise des échanges de semences avec d’autres collectionneurs européens.
  • Recherche documentaire : Le collectionneur épluche les catalogues horticoles du XXe siècle, s’inspire de planches botaniques anciennes et s’intéresse aux pratiques culturales oubliées, notamment celles des terrains de golf ou des pelouses aristocratiques.

Chaque semis donne lieu à des carnets d’observation pointus : apparence du feuillage, tolérance à la sécheresse, rapidité d’installation, comportement face aux maladies… Un véritable travail de botaniste amateur, qui vise autant à préserver la diversité qu’à enrichir la connaissance collective.


L’art d’entretenir les gazons d’antan


Cultiver plus d’une douzaine de variétés anciennes sur une même parcelle demande une discipline rigoureuse. Jean-Paul alterne tontes manuelles – parfois à la faux ou à la cisaille hélicoïdale – et entretien différencié selon les espèces. Certaines préfèrent un passage de tondeuse léger, d’autres requièrent un scalpage printanier ou une aération régulière du sol.

Les fétuques ovines anciennes, par exemple, offrent un port ras remarquable mais exigent une pauvreté du sol et une sécheresse relative, rappelant les prairies naturelles. Les agrostides anciennes, prisées autrefois pour les pelouses aristocratiques, apprécient quant à elles un sol frais et une coupe régulière. Jean-Paul partage ses essais avec transparence : "Certaines variétés poussent vite mais jaunissent au soleil, d’autres mettent deux ans à s’installer et deviennent magnifiques après la deuxième tonte."


Pour favoriser la réussite de chaque écotype, il adapte aussi le paillage, la fertilisation et veille à éviter l’envahissement par des graminées modernes plus vigoureuses. Il conserve chaque zone identifiée par de petites pancartes et tient un plan détaillé de son parcellaire, inspiré des jardins botaniques.


Pourquoi collectionner les variétés anciennes de gazon ?


La motivation première de ce passionné dépasse la seule préservation esthétique : "Chaque ancienne graminée entretenue est un fragment de la biodiversité agricole qui a fait notre paysage. Ces gazons faisaient partie de la vie quotidienne – des aires de jeux d’enfants, des allées de monastère, des pelouses de cloître ou d’agriculture vivrière."


Jean-Paul défend aussi l’intérêt écologique de sa démarche : les pelouses anciennes, souvent plus tolérantes à la sécheresse et moins gourmandes en intrants, sont adaptées à la transition vers des jardins plus sobres, mieux adaptés au changement climatique. Il aime rappeler que "la pelouse du XIXe siècle, parfois accusée d’être un luxe bourgeois, était aussi une prouesse technique locale, issue de siècles de sélection, bien avant l’avènement des gazons standardisés."


La transmission par le partage et la pédagogie


Amoureux de vulgarisation, Jean-Paul ouvre régulièrement son jardin à la communauté locale, aux lycéens en section horticole et aux membres passionnés de forums dédiés à la gestion écologique des espaces verts. Il organise des ateliers pratiques (semis, repiquage, observation des différences entre variétés) et publie régulièrement des fiches pédagogiques en libre accès. "Mon but, c’est que chaque jardinier curieux puisse réintroduire un coin de patrimoine chez lui. Il y a autant de plaisir à marcher pieds nus dans une pelouse douce qu’à raconter son histoire à ses petits-enfants !"


  • Ateliers pratiques : semis de gazons anciens, reconaissance des graminées, techniques d’aération du sol.
  • Retours d’expérience partagés : Jean-Paul anime un blog et propose des démonstrations sur sa parcelle.
  • Echanges de semences : distribution à petite échelle de graines récoltées, sous réserve de respect du patrimoine génétique.

Des gazons rares pour l’avenir : que nous apprennent les collectionneurs ?


À travers son activité, Jean-Paul sensibilise à l’importance du patrimoine vivant. Diversifier les espèces de nos pelouses a un impact direct sur la résilience du jardin face à la chaleur, la rareté de l’eau ou de nouveaux parasites. Grâce à ses observations, des paysagistes et des collectivités s’intéressent aujourd’hui à la réintroduction de ces variétés dans les parcs ou espaces naturels sensibles.


« Une pelouse historique, ce n’est pas figé : c’est une matière vivante, qui évolue, s’adapte, surprend. Cela me pousse à toujours explorer, à ne jamais m’arrêter à la surface des choses. » — Jean-Paul, lors d’une visite commentée en 2024

Cette expérimentation permanente permet aussi d’affiner les savoir-faire pour le grand public : comment choisir une espèce adaptée à son climat, pourquoi privilégier le semis d’automne, ou comment reconnaître une graminée locale menacée par des hybrides plus agressifs.


Conseils pratiques pour débuter une collection de gazons anciens


  1. Se documenter : consulter ouvrages historiques, herbiers, bases de données botaniques ou contacter des associations spécialisées en sauvegarde variétale.
  2. Repérer les semences : privilégier circuits courts auprès des passionnés, graineteries indépendantes ou échanges sur des plateformes éthiques.
  3. Tester en petites parcelles : éviter de tout semer d’un coup, observer la croissance, identifier les besoins de chaque variété (ensoleillement, type de sol, mode de tonte…)
  4. Partager son expérience : tenir un carnet de suivi, prendre des photos, échanger sur forums ou lors d’ateliers locaux pour progresser mutuellement.
  5. Respecter la biodiversité : veiller à ne pas introduire des espèces potentiellement invasives et participer à la conservation des ressources locales.

Pour accompagner les jardiniers curieux, Jean-Paul recommande de télécharger des fiches PDF descriptives sur gazonfacile.fr afin de comparer facilement les besoins et les intérêts de chaque espèce au moment du choix.


Une aventure humaine et écologique au fil des saisons


Nul besoin de disposer d’hectares pour s’initier à la sauvegarde des gazons anciens. Un petit carré de terrain, soucieux d’histoire et de diversité, suffit à renouer avec une tradition discrète mais essentielle à notre patrimoine. Comme le partage Jean-Paul Martin : "Collectionner des variétés anciennes, c’est permettre à la mémoire des paysages de survivre et transmettre, un semis à la fois, l’envie d’un jardinage plus riche, plus conscient, plus respectueux de ce qui nous entoure."


Son parcours inspirant, mêlant rigueur, pédagogie et amour du végétal, montre combien les gestes du passé peuvent guider l’avenir du jardin. La communauté de gazonfacile.fr accompagne cette démarche, relayant conseils de passionnés, témoignages et dossiers pratiques pour aider chacun à redonner ses lettres de noblesse à la pelouse patrimoniale.


Pour aller plus loin : ressources téléchargeables, forums et visites guidées


  • Fiches téléchargeables : guide de démarrage d’une collection, comparatif des espèces rustiques, planification des semis.
  • Forum dédié : échangez photos de gazons anciens, questions sur l’entretien, conseils d’identification ou propositions d’échange de graines sur gazonfacile.fr.
  • Visites commentées : chaque printemps, ouverture de la parcelle de Jean-Paul à des groupes intéressés (dates à retrouver sur le site).
  • Retours d’expérience : des jardiniers partagent leurs essais et découvertes, enrichissant la dynamique du jardinage durable.

Redécouvrir le gazon sous toutes ses formes, c’est aussi réveiller un pan méconnu de notre culture : que vous soyez amateur éclairé, professionnel ou simplement dégourdi du sécateur, n’hésitez pas à partager, expérimenter et transmettre cette passion pour des pelouses ô combien vivantes et surprenantes !

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